Une mission d’information sénatoriale alerte sur le phénomène de la financiarisation croissante de l’offre de soin et pointe l’absence de régulation par les pouvoirs publics. Les centres de santé en particulier font l’objet de l’appétit capitaliste.
Entre 2014 et 2023, 30 milliards d’euros ont été investis par des non professionnels de la santé dans ce secteur.
Longtemps les acteurs financiers privés ont privilégié les segments d’activités technologiques rémunérateurs comme les produits pharmaceutiques, le matériel médical, les biotechnologies. Ils ont ensuite investi dans des cliniques, puis des laboratoires de biologie médicale, des cabinets de radiologie qui affichent des taux de rentabilité conséquents (24 % pour la biologie médicale par exemple).
Désormais, et déjà depuis plus de dix ans, les investisseurs financiers privés s’intéressent à l’offre de soins de ville. On a ainsi vu proliférer des centres dentaires et ophtalmologiques: plusieurs scandales ont montré les dérives de la marchandisation de l’offre de soins dans ces structures, avec des surfacturations, des soins inutiles ou mal réalisés. Pour autant, les investisseurs financiers privés continuent de s’intéresser à l’offre de soins, réputée moins rentable, car si elle ne représente qu’un cinquième des investissements dans le secteur de la santé, le vieillissement de la population et les maladies chroniques ne cessent de faire croître les besoins, et avec eux, les parts de marché.
Certes, aujourd’hui, 66 % des centres de santé affichent des résultats négatifs en 2022, selon la Direction générale de l’offre de soins (DGOS), mais ces centres restent un moyen de capter la patientèle et de la diriger vers des filières, elles, très rémunératrices d’hospitalisation en cliniques privées. D’autant que, comme les cliniques privées, ils ne conserveront sans doute que les actes les plus simples et rémunérateurs. Un nouveau déséquilibre dans le maillage local pourrait donc apparaître qui, comme pour l’offre hospitalière, pèsera sur l’offre de soins publique.
L’assurance maladie et le Conseil national de l’ordre des médecins s’inquiètent de cette financiarisation de la santé qui engendre une “socialisation des risques” et la “privatisation des profits”. Car la Sécurité sociale finançant ces soins pour partie, ce sont de facto des cotisations maladie qui se transforment en dividendes ou en plus-values privées.
Un des rapporteurs de la mission sénatoriale le déplore: « On a laissé trop de liberté aux acteurs financiers, regrette le sénateur Olivier Henno. Il faut plus de régulation pour que l’intérêt général reprenne ses droits, que les objectifs de santé publique l’emportent sur les enjeux financiers.»
